"Je ne connais pas ta souffrance ni ce qui te ronge et te brûle au point de vouloir en finir, mais ne laisse jamais personne décider à ta place. Jamais. Même par amour."


 

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Quand la nuit devient jour

Sophie Jomain

Pygmalion

238pages

16€

 

 

Résumé : 

 

"On m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà. La dépression.Ma faiblesse.Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début. J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois. Le 6 avril 2016. Par euthanasie volontaire assistée."

 


 

 

Camille, une jeune femme de vingt-neuf ans, a programmé sa mort. Suite à de nombreux maux dont elle est sujette, elle ne supporte plus de vivre dans cette souffrance permanente alors elle monte un dossier et demande le droit de mourir, en Belgique puisque cela n'est pas autorisé en France. Dans ce dossier, elle montre bien que son choix est murement réfléchi et que son mal-être persiste malgré toutes les thérapies qu'elle a pu suivre. Elle est dépressive. Anorexie, boulimie, obésité : elle ne supporte pas son image, son reflet. On la suit donc dans ces dernières semaines d'existence car son dossier a été accepté. Pour l'aider au mieux dans ces derniers moments, son médecin va l'accompagner, et il va être un peu comme la lumière au bout du tunnel. Une histoire pourra-t-elle naître entre eux même si les jours sont comptés?

C'est une histoire vraiment touchante sur le droit de mourir dans la dignité. C'est un sujet très sensible qui divise l'opinion mais l'auteure nous fait beaucoup réfléchir et c'est une lecture qui apporte beaucoup. De quel côté faut-il se placer pour choisir ce qui est mieux ? Celui qui souffre ou celui qui va rester ? 

Dès le début, on s'attache à Camille, c'est un personnage dont on veut à tout prix connaître les maux car on veut l'aider mais on se rend bien compte que parfois ceux-ci sont incompréhensibles, qu'ils sont là et c'est tout, et que la personne ne peut et ne veut plus lutter. On traverse les moments les plus durs avec Camille comme le fait d'annoncer son choix à ses parents mais aussi ses crises où elle ne se contrôle plus, où elle s'auto-mutile. L'espoir qu'elle finira par guérir est omniprésent tout au long du bouquin, on ne peut pas s'en empêcher même si Camille est réellement décidée à aller au bout de son choix et ne cesse de le répéter.

Mais, même si ces moments durs et tristes composent pratiquement tout le livre il y a aussi des moments doux et réconfortant. En effet, ce combat n'est vraiment pas simple, et sans le soutien de nos proches, qui eux, sont tout simplement incapables d'accepter cette décision, c'est encore plus dur. Savoir qu'ils ne comprennent pas ce choix et qu'ils ne mesurent pas le degré de souffrance de leur fille, c'est horrible. Son docteur la soutient vraiment, il l'aide à affronter ses parents, à surpasser ses crises, et lui faire apprécier ces derniers moments ; ils deviennent vraiment proche et il y a un lien fort qui les unit, poutant Camille n'a jamais été aussi proche d'une personne. Parfois, il suffit d'une seule personne pour se sentir mieux, pour être apaisé au milieu de la tempête.

Et si l'auteure nous fait comprendre que le moment fatidique se rapproche, elle nous donne tout de même de l'espoir pour mieux nous achever : la fin est juste horrible (oui j'ai pleuré). Son écriture est simple mais tellement touchante et percutante à la fois ce qui fait qu'on apprécie chaque passage et même si le sujet est lourd, l'écriture est légère. 


Ce roman m'a un peu fait penser au livre d'Annelise Heurtier, lecomplexe du papillon, qui lui aussi traite du mal-être et de l'anorexie. Toutefois, celui-ci n'était pas assez profond à mon goût et pas assez touchant. C'est tout le contraire ici! En définitif, j'ai adoré ma lecture même si c'est la fin m'a brisé le coeur. Tout me plaît : le sujet et ce qui en a été fait, l'écriture, l'émotion qui en transparaît... Je vous conseille vraiment cette lecture si c'est un sujet qui vous plaît, mais pensez à préparer les mouchoirs!


 

"Si je n'ai jamais eu la vie que j'ai voulue, j'ai au moins obtenu la mort que j'ai choisi"